Vendredi 2 février 2007 5 02 /02 /Fév /2007 19:35
Pascal Maitre, photoreporter, couvre les zones de la planète dites « sensibles ». Il fait part, avec calme et lucidité, de sa révolte face aux atrocités de la guerre.
 
Le « Bonjour » est timide, la voix basse, le ton calme. Pour évoquer la dureté de la guerre, les difficultés du terrain, la révolte qui l’habite, Pascal Maitre ne se départit jamais de cette douceur qui émane de ceux qui ont vu les pires horreurs et compris que la rage n’y changerait rien. Sa force tranquille à lui, le reporter en « zones sensibles » la tire de ses photos, qu’il décrit l’une après l’autre, prenant le temps d’y lier une anecdote ou une explication. Celles de Mogadiscio, par exemple. Dont il loue l’architecture, tout en évoquant les snipers et la guerre des clans. Ou cette image d’une mer paradisiaque, si l’on ne tient pas compte du fût radioactif qui y flotte. Ce n’est pas de la résignation qu’affiche Pascal Maitre face à l’alliance de beau et d’immonde qui revient dans la plupart de ses clichés. Juste le constat que seules les photos restent figées, pas la situation: « On est toujours révolté, parce que c’est vrai que c’est dur, mais la vie reprend toujours le dessus. Les gens sont très solides, ça repart toujours ».
Solide, lui aussi essaye de l’être. Le photographe et l’humain cohabitent en un seul être, mais évitent de se rencontrer. « Il faut être réaliste. Je ne peux pas dire que ça ne me touche pas. Je ne ferais pas n’importe quoi sur le terrain, je respecterais les gens. Mais si tu emmènes tout sur toi, tu t’écroules ». Ce passionné de rugby se voit comme un sportif dans l’action: toute l’énergie doit être mise dans la concentration, et après, « il faut faire le vide, sinon vous devenez dingo » Parfois, pourtant, l’objectif ne protège plus le photographe de sa sensibilité « Il y a des jours où vous êtes écœurés, vous n’avez pas envie de photographier ». Les yeux perdent alors leur sourire, et le reporter raconte Kaboul, en 1992, les blessés à leur arrivée à l’hôpital : « ce jour là, j’ai pas eu envie ». Aucun aveu larmoyant dans ces propos. Seulement la volonté de ne pas se complaire dans l’horreur des conflits internationaux. Face à ses photos de femmes d’affaires somaliennes, il explique qu’« il faut montrer que la vie continue ».
Sur le terrain, il accumule des milliers de clichés, qui lui servent à monter des reportages, qu’il appelle « histoires », parues, entre autres, dans GEO ou le National Geographic. Durant ces voyages, qui l’éloignent de ses deux enfants six à huit mois par an, il acquière aussi une grande expérience humaine. « Les gens vous laissent faire, car ils ont envie qu’on sache ce qui se passe chez eux explique-t-il. Vous êtes toujours très surpris de voir comment l’être humain a envie de communiquer ». Rien de voyeur, pourtant, chez cet homme dont la volonté première est de véhiculer l’information. « La photo intimiste ne doit jamais être gratuite ».
 
« Y a des blancs dans la rue, faut leur tirer dessus »
 
 A chaque reportage son lot de contacts, guides, gardes du corps, traducteurs, tous ceux qu’il dit sans amertume avoir « laissés derrière », en zone de tensions. Son inquiétude pour ces gens restés dans le conflit transparaît à peine, lorsqu’il évoque les rapports qu’il entretient avec eux par le biais d’internet : « Quand on reçoit un mail, on se dit :  « Tiens, lui ça va, il est encore là, il a pas été… » ». Le mot n’est pas prononcé. Pascal Maitre n’est pas homme à montrer ses états d’âme, encore moins sa peur. Lorsqu’il raconte des situations critiques, il le fait avec le calme de ceux qui goûtent le bonheur de s’en être sortis. En décrivant cette scène à Mogadiscio, gestes à l’appui, il a le sourire en coin :  « On est resté deux-trois semaines, peut-être trop. On s’est fait coincer à la fin ( …). C’est toujours pour des trucs idiots. Le type dormait, il a entendu « y a des blancs dans la rue, faut leur tirer dessus », et il a tiré ».
Malgré ces situations critiques, qu’il précise « ne pas raconter à sa famille », Pascal Maitre veut montrer encore et encore la vie dans les zones de conflit, raconter ses « histoires » sur papier glacé. Il précise que « la retraite, [il] ne la voit pas ». Son prochain reportage aura lieu dans la zone sensible du Sahel. Encore un lieu de guerre, où victimes innocentes et soldats hanteront sa pellicule. Lorsque l’on regarde le photoreporter exposer ses projets, la brutalité du terrain, on comprend d’où lui vient ce calme face aux clichés d’horreur que son objectif a saisis. On comprend pourquoi il n’exprime aucune haine de ces images d’injustice. On comprend que Pascal Maitre a la sérénité de celui qui crie sa révolte en silence, et en image.
Par Ariane - Publié dans : La vie du blog
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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 19:04
La Belgique n’est plus. Telle est la nouvelle annoncée mercredi soir, à 20h20, aux téléspectateurs de la chaîne francophone belge La Une. Le programme est interrompu, le présentateur vedette de la chaîne, François de Brigode affirme que le Parlement flamand vient de voter la sécession du royaume. Pure fiction. Mais le public y croit. Un sondage de la RTBF (Radio-télévision belge francophone) montre que 89% des téléspectateurs ont été convaincus de la division du royaume et de la fuite du roi. Les rares sous-titres prévenant qu’il s’agissait d’une fiction sont passées inaperçu. Ce n’est qu’une heure et demie plus tard que la chaîne a mis fin au canular. Les réactions sont vives dans le monde politique, mais également au sein la population. « C’est une connerie, on ne fait pas des choses comme ça. En plus, c’est une chaîne d’Etat. Je ne paye pas ma redevance télévisuelle pour entendre de telles choses. Pour un premier avril, ça va, mais là, non. Quand on connaît la moyenne d’âge de la Belgique, on évite de faire ça aux petits vieux de 80 ans ». Une fois la frayeur passée, ce citoyen belge se pose la question du crime de lèse-majesté. « On ne peut pas dire comme ça que le roi s’enfuit au Congo, c’est n’importe quoi ». Sa compatriote, Christel Alexandre, voit l’émission d’hier soir sous un tout autre angle. « Je trouve ça très drôle et sensé. La RTBF est une chaîne d’Etat qui n’ose plus grand chose depuis une trentaine d’année. Ça met un peu de piment dans la vie politique. Cette initiative va permettre de jeter un pavé dans la mare, même si ça reste de la fiction ». A la RTBF, Alain Gerlache, directeur de la télévision, insiste sur le débat qu’aura permis de susciter cette initiative. Chantal B., journaliste pour la chaîne, et qui, à ce titre, a interdiction de s’exprimer sur sa chaîne en toutes circonstances, s’interroge: « Quand on utilise la crédibilité des journalistes pour monter un canular, même avec de bonnes intentions, on tord le cou à cette crédibilité. Il était inutile d’affoler les gens comme ça, la réflexion aurait été tout aussi possible avec des sous-titres indiquant qu’il s’agissait d’une fiction ». Un de ses collègues confirme les problèmes déontologiques que pose cette initiative: «  Il ne m’est jamais arrivé de mentir. Et j’ai vraiment l’impression que c’est ce que la RTBF a fait hier soir. Nous avons annoncé des faits faux en faisant croire que c’était des vrais. Nous avons manipulé nos téléspectateurs. Aussi légitime que soit le but recherché, la fin ne justifie pas tous les moyens et l’impact ne justifie pas les mensonges ». Malgré toutes ces critiques, aucune sanction n’est prévue au sein de La Une. De France, cet événement prête à sourire. Mais, de l’autre côté de la frontière, l’humour belge a apparemment atteint ses limites.
Par Ariane - Publié dans : La vie du blog
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Dimanche 10 décembre 2006 7 10 /12 /Déc /2006 14:33
Attention, ils sont parmi nous… Cachés dans les disques de vos ordinateurs, ils sortent silencieusement de leur cyber-univers pour venir envahir vos écrans. « Ils », ce sont ces milliers de personnages qui évoluent au sein de Second Life. Cet univers virtuel donne, comme son nom l’indique, à chacun la possibilité de se créer une vie fictive, par l’intermédiaire d’un avatar modelé à son image.
Parmi ces êtres de pixels, Adam Reuters, né le 16 octobre 2006, sous forme adulte. Adam, comme Adam Pasick, ancien responsable du secteur média de l’agence Reuters. Et Reuters, comme devinez quelle agence de presse, qui a décidé d’envoyer un correspondant permanent dans Second Life.
Le bureau virtuel de Reuters informe les habitants de Second Life des avancées du monde réel. Peut-être pour les joueurs en chair et en os qui auraient perdu tout contact avec la réalité…
Basé à Londres (dans la vraie vie), Adams Pasick-Reuters est chargé d'enquêter comme tout journaliste réel, mais dans un univers virtuel. On peut déjà voir les vidéos de lieux virtuels tels que la boutique Adidas (la marque réelle) qui a ouvert des locaux virtuels, pour atteindre des consommateurs fictifs qui iraient ensuite dépenser leurs vrais dollars dans une boutique numérique, à moins que ce ne soit l’inverse, on s’y perd…
Virtuel et réel, la frontière entre les deux semble de plus en plus mince. Même si Reuters qualifie pour l’instant son projet d’ « expérimental », dur de ne pas se demander si, au final, les journalistes, soucieux de séduire un lectorat « branché », continueront à écrire dans de vrais journaux qui parlent des vrais gens dans la vraie vie…
Par Ariane - Publié dans : La vie du blog
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Mardi 28 novembre 2006 2 28 /11 /Nov /2006 20:19
Alors que la presse française tient son 15ème congrès à Strasbourg se pose à nouveau la question de l’avenir d’une presse sur papier…
 
L’un se transporte partout et s’ouvre vers un monde d’information. L’autre se transporte également partout et s’ouvre vers le même univers que le premier. Alors ? Le premier se lit de préférence affalé sur la canapé alors que le second réclame une prise, une table,… . Vous me voyez venir… Le premier se jette après lecture, l’autre, pas toujours portable, se « clique » et se « re-clique » nous entraînant vers une mine d’informations, dont, au final, ne resteront que quelques grandes lignes.
Cette opposition entre presse écrite et nouveaux médias est soulevée à Strasbourg le 23 et 24 novembre lors du congrès de la presse française. Le thème est le suivant :  « De l’imprimé à l’écran : à la rencontre des lecteurs, à la conquête des acheteurs ». 500 lycéens ont été invités au Parlement européen à réfléchir à la question suivante : « Quels journaux pour demain ?». Le lauréat de la catégorie "Un journal européen", le Lycée français de Munich, a mis l’accent sur la nécessité de créer un journal édité à la fois sur un support papier et multimédia ( voir le projet sur ce blog).
« L’information est souvent une nourriture amère. Dans une ère qui n’aime rien tant que papillonner, cela freine la diffusion de la presse quotidienne, moins ludique que les magazines » juge Dominique Jung dans son édito des D.N.A. . Finie la dégustation de nouvelles toutes fraîches entre deux gorgées de café. Les nouvelles du matin sont avalées en 20Minutes.Les chaînes de flash-food nous résument les évolutions du monde en cinq minutes. De sites en sites, la boulimie s’installe. "Amère" et indigeste, l’actualité devient un produit de consommation courante. Consommation ? Les lecteurs qui seraient également acheteurs risquent bientôt d’être has-been, une grande partie des lycéens présents à Strasbourg ayant plaidé pour une presse gratuite. L'idée d'offrir aux Européens une version papier et multimédia du même journal montre pourtant que, même pour les (futurs) lecteurs, la presse sur support papier n'est pas encore enterrée.
Par Ariane - Publié dans : La vie du blog
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Jeudi 23 novembre 2006 4 23 /11 /Nov /2006 21:34
Voici le projet élaboré par les lauréats du concours "Un journal européen" organisé à Strasbourg à l'occasion du congrès de la presse française
 
Mesdames, Messieurs, chers futurs concitoyens européens !
 
L’Union Européenne s’élargit.
En tant qu’élève du Lycée Jean Renoir à Munich, nous avons élaboré l’idée d’un journal européen. Ce projet, qui tient compte de la richesse multiculturelle européenne, comblera le manque d’information sur l’Europe, et va renforcer sa cohésion.
Nous avons décidé de faire paraître ce journal dans la langue officielle de chaque pays européen pour intéresser le plus large public possible. Nous sommes conscients que cette diversité linguistique représente un défi de taille considérable. Mais c’est en le relevant que l’Europe avancera.
Ce journal sera un lien entre toutes les populations européennes, ainsi qu’un pôle d’information et de communication.
Sur papier et en ligne, le journal portera le nom de EVROPA.
Le journal en papier, hebdomadaire, sera traduit dans les 20 langues officielles de l’Union Européenne.
Le format 35,5 sur 27 cm nous a convaincus par sa maniabilité.
 
La rédaction
La rédaction sera composée d’un bureau central à Strasbourg, à proximité immédiate des institutions européennes, et de filiales dans toutes les capitales des pays membres. Ces bureaux prendront en charge aussi bien la rédaction que la traduction
Les différentes rubriques, comme pays et histoire, sciences et environnement, culture et divertissement et bien d’autres, tiendront compte de la perspective européenne en synthétisant l’actualité.
Deux additifs seront inclus dans la version papier, un supplément jeunes et un autre, mensuel. Dans le supplément jeunes seront traités des thèmes adaptés aux intérêts des futurs citoyens européen : les cursus universitaires, le monde du travail, et la société européenne en devenir.
Le supplément mensuel présentera les 25 pays et traitera de thèmes tel l’environnement, les régions, les transports ou les traditions culinaires…
L’édition papier laissera une large place aux débats, pour favoriser les échanges entre journal et lecteurs. EVROPA gagnera en vivacité par sa proximité avec le citoyen.
Le site de la parution en ligne archivera des articles de la version papier ainsi que deöa version en ligne.
 
Financement et distribution
L’Union Européenne contribuera au financement de base tout en garantissant l’indépendance et l’impartialité du journal.
Le lecteur européen pourra accéder à la version papier par abonnement et en vente libre, ainsi qu’à la version en ligne sur le site www.evropa.com.
 
Conclusion
EVROPA est l’un des journaux de demain grâce à la nouveauté et à l’originalité de la forme des thèmes et rubriques proposés. Il illustre et renforce la multitude des pays et cultures de l’Europe. Ne voulons nous pas tous vivre dans une Europe encore plus unifiée et soudée.
EVROPA ouvre cette possibilité en publiant des articles de qualité dans de nombreuses langues. Il informe sur les différentes et importants aspects de la politique européenne, ce qui fait un journal réussi.
Et comme vous le savez, un projet réussi est un projet réaliste, réalisable et réalisé !
Mettons donc en œuvre EVROPA !
Par Ariane - Publié dans : La vie du blog
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