Vendredi 2 février 2007
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Pascal Maitre, photoreporter, couvre les zones de la planète dites « sensibles ». Il fait part, avec calme et lucidité, de sa révolte face aux atrocités de la guerre.
Le « Bonjour » est timide, la voix basse, le ton calme. Pour évoquer la dureté de la guerre, les difficultés du terrain, la révolte qui l’habite, Pascal Maitre ne se départit jamais de cette douceur qui émane de ceux qui ont vu les pires horreurs et compris que la rage n’y changerait rien. Sa force tranquille à lui, le reporter en « zones sensibles » la tire de ses photos, qu’il décrit l’une après l’autre, prenant le temps d’y lier une anecdote ou une explication. Celles de Mogadiscio, par exemple. Dont il loue l’architecture, tout en évoquant les snipers et la guerre des clans. Ou cette image d’une mer paradisiaque, si l’on ne tient pas compte du fût radioactif qui y flotte. Ce n’est pas de la résignation qu’affiche Pascal Maitre face à l’alliance de beau et d’immonde qui revient dans la plupart de ses clichés. Juste le constat que seules les photos restent figées, pas la situation: « On est toujours révolté, parce que c’est vrai que c’est dur, mais la vie reprend toujours le dessus. Les gens sont très solides, ça repart toujours ».
Solide, lui aussi essaye de l’être. Le photographe et l’humain cohabitent en un seul être, mais évitent de se rencontrer. « Il faut être réaliste. Je ne peux pas dire que ça ne me touche pas. Je ne ferais pas n’importe quoi sur le terrain, je respecterais les gens. Mais si tu emmènes tout sur toi, tu t’écroules ». Ce passionné de rugby se voit comme un sportif dans l’action: toute l’énergie doit être mise dans la concentration, et après, « il faut faire le vide, sinon vous devenez dingo » Parfois, pourtant, l’objectif ne protège plus le photographe de sa sensibilité « Il y a des jours où vous êtes écœurés, vous n’avez pas envie de photographier ». Les yeux perdent alors leur sourire, et le reporter raconte Kaboul, en 1992, les blessés à leur arrivée à l’hôpital : « ce jour là, j’ai pas eu envie ». Aucun aveu larmoyant dans ces propos. Seulement la volonté de ne pas se complaire dans l’horreur des conflits internationaux. Face à ses photos de femmes d’affaires somaliennes, il explique qu’« il faut montrer que la vie continue ».
Sur le terrain, il accumule des milliers de clichés, qui lui servent à monter des reportages, qu’il appelle « histoires », parues, entre autres, dans GEO ou le National Geographic. Durant ces voyages, qui l’éloignent de ses deux enfants six à huit mois par an, il acquière aussi une grande expérience humaine. « Les gens vous laissent faire, car ils ont envie qu’on sache ce qui se passe chez eux explique-t-il. Vous êtes toujours très surpris de voir comment l’être humain a envie de communiquer ». Rien de voyeur, pourtant, chez cet homme dont la volonté première est de véhiculer l’information. « La photo intimiste ne doit jamais être gratuite ».
« Y a des blancs dans la rue, faut leur tirer dessus »
A chaque reportage son lot de contacts, guides, gardes du corps, traducteurs, tous ceux qu’il dit sans amertume avoir « laissés derrière », en zone de tensions. Son inquiétude pour ces gens restés dans le conflit transparaît à peine, lorsqu’il évoque les rapports qu’il entretient avec eux par le biais d’internet : « Quand on reçoit un mail, on se dit : « Tiens, lui ça va, il est encore là, il a pas été… » ». Le mot n’est pas prononcé. Pascal Maitre n’est pas homme à montrer ses états d’âme, encore moins sa peur. Lorsqu’il raconte des situations critiques, il le fait avec le calme de ceux qui goûtent le bonheur de s’en être sortis. En décrivant cette scène à Mogadiscio, gestes à l’appui, il a le sourire en coin : « On est resté deux-trois semaines, peut-être trop. On s’est fait coincer à la fin ( …). C’est toujours pour des trucs idiots. Le type dormait, il a entendu « y a des blancs dans la rue, faut leur tirer dessus », et il a tiré ».
Malgré ces situations critiques, qu’il précise « ne pas raconter à sa famille », Pascal Maitre veut montrer encore et encore la vie dans les zones de conflit, raconter ses « histoires » sur papier glacé. Il précise que « la retraite, [il] ne la voit pas ». Son prochain reportage aura lieu dans la zone sensible du Sahel. Encore un lieu de guerre, où victimes innocentes et soldats hanteront sa pellicule. Lorsque l’on regarde le photoreporter exposer ses projets, la brutalité du terrain, on comprend d’où lui vient ce calme face aux clichés d’horreur que son objectif a saisis. On comprend pourquoi il n’exprime aucune haine de ces images d’injustice. On comprend que Pascal Maitre a la sérénité de celui qui crie sa révolte en silence, et en image.


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